Réponse à la lettre de monsieur Pierre Trudelle, directeur de Kpten

Actualité de l'ordre

Nous souhaitons apporter les précisions nécessaires sans esprit polémique malgré le titre provocateur de cette lettre ouverte.

Kpten est une société qui vend de la formation et qui défend ses propres intérêts, ce qui est bien normal.

Cette société rappelle qu’elle a été précurseur dans la formation des kinésithérapeutes au Dry needling depuis 2013. Elle s’est appuyée pour cela sur les compétences acquises par la société Suisse de Dry Needling elle-même reprenant les programmes de l’académie Simons se prévalant de 25 années d’expérience.

La société Kpten estime que l’approche de l’association Suisse est la plus performante car elle repose sur un examen de compétence de fin de formation, les praticiens sont recensés, un registre des incidents est tenu et donne des directives aux organismes de formation. De plus, elle rappelle que la majorité des pays dans le monde demande un examen de certification pour la pratique du Dry needling par un kinésithérapeute.

L’Ordre note avec le plus grand intérêt ces éléments mais s’étonne qu’un organisme de formation qui se targue de promouvoir la qualité des pratiques et la sécurité ait commencé par vendre des formations à une technique innovante sur le territoire Français sans chercher à comprendre comment cette technique pouvait être reconnue. Certains affirmant même que cela n’était pas autorisé aux kinésithérapeutes exerçant en France. Car ainsi que l’écrit Kpten, les premiers kinésithérapeutes diplômés de l’association Suisse l’ont été fin 2016. C’est à dire sans aucune reconnaissance des autorités…

L’Ordre a donc pris ses responsabilités et a émis un avis déontologique. Devant la réalité des faits, et plutôt que d’interdire une pratique potentiellement dangereuse pour les patients, l’Ordre a souhaité sécuriser à la fois les patients mais aussi les kinésithérapeutes qui s’étaient formés et pratiquaient sans aucune sécurité médico légale. L’avis de l’Ordre vise donc à sécuriser juridiquement les kinésithérapeutes tout en garantissant la sécurité des patients.

Pour rendre son avis, l’Ordre s’est rapproché du collège de la masso-kinésithérapie qui constitue l’autorité scientifique de la profession. Les recommandations contenues dans l’avis s’appuient sur le résultat des travaux du collège. Ainsi nous regrettons que ces recommandations soient critiquées désormais par Kpten. En effet, soit les recommandations sont pertinentes et elles peuvent être appliquées, soit elles sont critiquables et alors il faut les corriger. En revanche, si elles sont pertinentes, elles ne peuvent pas justifier un quelconque monopole pour un organisme de formation quel qu’il soit. Les objectifs de l’Ordre et du collège sont complémentaires et visent à promouvoir l’intérêt général et nous comprenons qu’ils peuvent entraver des intérêts plus particuliers, mais cet élément ne doit pas influencer les décisions de l’Ordre.

Toutefois deux difficultés existent à ce jour :

  • D’une part, la vente de formations au dry needling a débuté en 2013, constituant de fait un groupe de kinésithérapeutes pratiquant sans reconnaissance par les autorités françaises. L’avis de l’ordre a eu pour effet de sécuriser les pratiques à venir mais n’a pas réglé le problème des professionnels pratiquant déjà.
  • D’autre part, la formation étant basée sur la pratique, l’avis du Conseil national était critiquable puisque les professionnels en formation devaient pratiquer en autonomie des techniques afin de constituer leur portfolio.

Ces difficultés ont justifié que le Conseil national modifie son avis en juin 2018. Désormais, l’acquisition de l’expérience clinique relève d’une pratique en présence d’un expert lors des sessions de formation ou d’un professionnel autorisé à pratiquer le dry-needling entre les sessions de formation. Il en est de même pour le programme de formation qui est défini par le collège de la kinésithérapie. En effet, la seule entité scientifique de la profession, reconnue par les autorités sanitaires (Ministère, HAS et Ordre) est le collège qui regroupe en son sein les nombreuses sociétés savantes.

Enfin, dans le but de gérer équitablement le groupe des kinésithérapeutes ayant débuté leur formation avant le 31 décembre 2018, ils seront appelés à faire valider leur compétence auprès du collège. Il est erroné d’affirmer publiquement que cette validation ne prendra pas en compte la pratique.

Pour l’avenir, toute formation débutée à compter du premier janvier 2019 devra respecter les recommandations du collège et sera sanctionnée par un examen organisé par le collège.

Ces orientations sont le résultat des réflexions d’un groupe de travail qui s’est réuni sous l’égide du Conseil national et auquel participaient les représentants des organismes proposant des formations au dry needling, notamment Kpten. Il n’est par conséquent pas étonnant que des propositions de cette société aient été reprises par la suite.

En conclusion, nous rappelons qu’il ne peut exister de monopole sur les méthodes d’enseignement, que l’enseignement est libre en France et que l’ordre travaille avec le collège de la kinésithérapie car il est le seul organisme de la profession habilité à édicter des recommandations de bonnes pratiques, ce que n’est pas l’association Suisse, sans préjudice de ses qualités et de son savoir-faire en la matière.

Nous invitons le directeur de la société en question à se conformer au modèle défini en concertation avec l’Ordre, organisme investi d’une mission de service public par le législateur, et le collège de la masso-kinésithérapie, seul organisme scientifique de la profession reconnu par le Ministère, afin de ne pas porter préjudice aux professionnels qui ont choisi de se former auprès de cette société.

La commission formation du Conseil national de l’ordre