COVID-19 : les kinés hospitaliers sur le front

Actualité des kinés.

Les kinésithérapeutes hospitaliers sont, eux aussi, fortement engagés dans la prise en charge des malades graves de la COVID-19. Œuvrant dans les services de réanimation auprès des patients intubés, souvent placés dans un coma artificiel et curarisés, les kinésithérapeutes effectuent un travail indispensable afin que les patients puissent retrouver le plus tôt possible leur autonomie et leur qualité de vie.

Nous avons rencontré Matthieu Reffienna, kinésithérapeute DE, au Pôle Soins Critiques à l’Hôpital Foch en région parisienne afin qu’il nous parle de son métier et des conditions de travail en pleine crise sanitaire.

Quelle est la situation des patients COVID+ admis dans les services de réanimation ?

Les patients atteints de la COVID-19 admis dans les services de réanimation sont dans un état grave et en grande souffrance respiratoire. Ils sont intubés et branchés pendant une quinzaine de jours à un ventilateur mécanique, ce qui nécessite de les maintenir dans un coma artificiel durant une grande partie de cette période, ce que l’on appelle la sédation. 

Quelles sont les effets secondaires de cette réanimation ?

Pendant cette période de coma, il est habituel que les patients perdent leurs muscles parce que le corps se défend contre l’agression ce qui provoque un état de stress. Cette fonte musculaire est également due au fait que les muscles ne sont plus sollicités. 

Cela provoque le développement d’une vraie amyotrophie qui porte le nom de “neuromyopathie acquise en réanimation”.

Elle se traduit au réveil du patient par un tableau clinique allant de la tétraparésie à la tétraplégie flasque. Le patient va se réveiller impotent. Cela s’accompagne aussi d’une atteinte des muscles respiratoires ce qui va rendre le sevrage du ventilateur encore plus difficile.   

Dans ce contexte, quel est le rôle du kinésithérapeute ?

L’objectif est de prévenir au maximum l’apparition de la neuromyopathie. Pendant la phase de coma, on essaie de mobiliser passivement les patients : même si ces méthodes font un petit peu débat en temps normal, vu la gravité de la crise, on ne peut pas se permettre de les rejeter. 

Ensuite, dès que les patients vont commencer à se réveiller et à être un peu plus présents, (diminution de la sédation) le kiné les mobilise plus activement et tente de les faire bouger le plus tôt possible y compris pendant la période où ils sont encore intubés : il s’agit simplement les faire s’asseoir au bord du lit, les mettre au fauteuil, voire de leur faire faire du vélo. Le but est de limiter la fonte musculaire et  d’essayer de les rééduquer le plus rapidement possible afin qu’ils puissent être autonomes dès l’extubation et accélérer la sortie de réanimation.

Pour nous guider durant toute cette période, nous nous appuyons sur les recommandations que la Société de Kinésithérapie de Réanimation a sorti fin mars.

Quelles sont aujourd’hui vos conditions de travail ?

L’hôpital Foch est un établissement de santé privé d’intérêts collectifs  : nous avons donc des moyens importants tant sur le plan humain que matériel. Nous ne sommes donc pas encore submergés par la vague et nous arrivons encore à répartir efficacement les kinés et le matériel. Pour le moment…

Je sais que dans d’autres hôpitaux, notamment à l’AP-HP, la situation est autrement plus difficile parce qu’ils ont énormément de patients et un turn-over important, Les malades sont dispatchés un peu partout à l’hôpital et ils n’ont pas forcément autant de kinés experts en réanimation que nécessaire. Alors qu’ils sont déjà en sous effectif en temps normal, c’est aujourd’hui encore plus difficile. Ils sont obligés d’appeler leurs collègues des autres services. 

Nous, pour le moment, nous arrivons à gérer mais nous nous préparons à avoir des remplaçants au cas où l’un d’entre nous attraperait la COVID-19 ce qui l’obligerait à être absent pour au moins 8 jours… 

Quel est aujourd’hui et sera demain le rôle des kinésithérapeutes libéraux ?

Dans un premier temps, certains peuvent venir en renfort À l’AP-HP,  surtout s’ils ont de l’expérience en réanimation afin de renforcer les effectifs. . 

Il faut aussi anticiper l’après-réanimation, c’est à dire le moment où les patients vont être réveillés, être extubés, et sortir de réanimation dès que leur état est assez stable afin de pouvoir accueillir de nouveaux patients.

A la sortie de réanimation, ces patients avec une importante atteinte fonctionnelle pour certains d’entre eux vont avoir besoin d’énormément de rééducation (musculaire, respiratoire, déglutition), sans pour autant avoir de place en Services de Rééducation Post-Réanimation (places qui manquent déjà en temps normal, et dans lesquelles il y a une pénurie de kinésithérapeutes). 

 Les kinésithérapeutes libéraux vont avoir là toute leur importance à la fois pour apporter leur aide au cabinet et à domicile.

Ces kinésithérapeutes qui ont des connaissances dans le domaine de la rééducation musculo squelettique mais aussi respiratoire et des troubles de la déglutition vont ainsi être utiles dans cette deuxième phase, qui pourra dans certains cas durer de longues semaines. Ils prendront en charge tous ces patients qui vont sortir vivants de réanimation mais vont être fortement affaiblis et dépendants, et psychologiquement affectés.

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