Le kiné du sport et le rugby

À quelques semaines de la Coupe du Monde de Rugby qui débute le 20 septembre, nous avons souhaité évoquer le rôle des kinésithérapeutes dans la pratique de ce sport qui compte 290 000 pratiquants et pratiquantes (le nombre de femmes est, en effet, en nette augmentation1) en France.

Sport collectif par excellence, il conjugue tous les bénéfices d’une activité physique complète (endurance, coordination, motricité, renforcement musculaire) avec le sens de la stratégie, l’esprit d’équipe et de solidarité.
En préparation, sur le terrain ainsi que dans le suivi des éventuelles blessures, les kinésithérapeutes du sport jouent un rôle prépondérant auprès des joueurs et des joueuses tout au long de leur carrière.

Si le rugby, comme les autres sports collectifs, occasionne des traumatismes liés à la course, aux sauts ou encore aux changements de direction rapides (entorses, ruptures des ligaments croisés, déchirures musculaires, pubalgies…), il est également pourvoyeur de blessures de contact direct (choc divers, contusions, fractures des côtes et commotions cérébrales). Autant de traumatismes que le kiné du sport a pour objectif de prévenir et de prendre en charge.
La formation du kiné du sport lui permet d’acquérir les connaissances spécifiques à la prise en charge de sportif.

Le rôle du kiné dans la préparation des joueurs et des joueuses

En club et au sein du staff, le kiné peut participer à la préparation musculaire du sportif, à son échauffement, la gestion de son alimentation et son hydratation. Il effectue également des actions de prévention avant le match (pose de contentions).
Dans le cadre d’un suivi personnalisé et en cabinet, le kiné du sport a un double rôle d’éducation et de prévention. Ce suivi est d’autant plus individualisé en rugby qu’il existe des postes de jeu très différents avec des joueurs et des joueuses au profil morphologique et à la condition physique variés.
En prévention des blessures, le kiné du sport mène un travail spécifique de renforcement musculaire, de proprioception, de gainage, de renforcement du tronc et encore de mobilité articulaire afin d’éviter les blessures non traumatiques.
Le kinésithérapeute effectue également, et ce particulièrement en début de saison, des tests dynamiques et fonctionnels pour repérer d‘éventuels déficits afin de prévenir les blessures des membres inférieurs comme la rupture des ligament croisés propres aux sports ou l’on rencontre des phases de réception de saut et de changements de direction rapides. La prévention des entorses de chevilles, ainsi que des lésions musculaires fait partie des missions quotidiennes du kiné du sport. De plus, la spécificité de la prévention en rugby tient au fait qu’il s’agit d’un sport de contact avec des chocs fréquents : le renforcement musculaire, le gainage et le travail sur la masse physique permettront de diminuer la gravité des contusions éventuelles.
Le kiné assure également un rôle d’éducation afin de prévenir les blessures liées à des erreurs d’entraînement : reprise trop rapide après un arrêt prolongé, manque d’échauffement, augmentation trop rapide de la fréquence, de l’intensité, de la durée de l’effort, défauts d’étirements, mauvaise alimentation, mauvaise hygiène diététique, etc.  Il intervient systématiquement dans un contexte pluridisciplinaire au sein du reste du staff (médical et technique).

Le rôle du kiné sur le terrain

En club amateur, le kinésithérapeute du sport est souvent seul, sans assistance médicale (ce qui n’est pas le cas dans les clubs professionnels). Il agit en expert et n’est « pas que celui qui donne un coup de bombe magique » précise la SFMKS (Société française des masseurs-kinésithérapeutes du sport).
Le kiné du sport est présent sur le banc de touche en surveillance lors du match ou de la compétition, (il intervient sur décision de l’arbitre, du juge). Il doit être capable d’évaluer rapidement la gravité du traumatisme, de décider si le sportif doit déclarer forfait temporairement ou définitivement (article 11 décret n° 96-878 du 8 octobre 1996 du ministère du travail et des affaires sociales).
Ceci est tout particulièrement important lorsqu’il s’agit de repérer les drapeaux rouges relatifs à un traumatisme, et ce tout particulièrement lors de commotions cérébrales où il doit savoir appliquer un protocole précis, appelé “protocole commotion cérébrale” prenant en compte notamment le score de Maddock, le test du tandem et un interrogatoire du joueur2.
En cas d’urgence, et en l’absence de médecin, le kinésithérapeute du sport est habilité à effectuer des gestes de première nécessité (article 10 du décret du 8 octobre). À ce titre, il dispose d’une trousse d’urgence dont le contenu a été déterminé par la Fédération française de rugby.

Le rôle du kiné du sport après la blessure

Après la blessure, le kiné du sport effectue la rééducation et suit de manière privilégiée le retour sur le terrain du sportif. À ce titre, il pourra être celui qui s’assure du respect des règles fédérales de retour au jeu aussi bien après une commotion cérébrale qu’après une blessure (voir la fiche “Carton bleu” de la Fédération française de rugby).
Bien évidemment, il assurera, en cabinet, la rééducation nécessaire et individualisée selon la blessure, les symptômes, les objectifs du joueur ou de la joueuse, etc.

Cet article a été écrit avec le concours de la SFMKS

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1 https://www.liberation.fr/sports/2018/11/21/le-rugby-feminin-a-l-essai-des-chiffres_1692983

2 http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/cite-de-la-sante/questions-sante/toutes-les-questions-sante/questions-sante-2017/?tx_equestionreponse_pi1%5Bquestion%5D=19761&tx_equestionreponse_pi1%5Baction%5D=show&tx_equestionreponse_pi1%5Bcontroller%5D=Question&cHash=7f57e8228891304c8fe6c540b2a2317c