Obésité : quelle prise en charge en kinésithérapie ?

Aujourd’hui, l’obésité est devenue un enjeu sanitaire mondial. En 2016, 650 millions d’adultes dans le monde étaient obèses.
En France, 17 % de la population adulte est obèse, ce qui représente plus de 8 millions de personnes.

Qu’est ce que l’obésité ?

L’obésité se définit comme une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé.

Elle est généralement définie à l’aide de l’indice de masse corporelle (IMC) qui est une mesure simple du poids par rapport à la taille couramment utilisée pour estimer le surpoids et l’obésité chez l’adulte. Cet IMC correspond au poids divisé par le carré de la taille, exprimé en kg/m2. Chez l’adulte, il y a obésité quand l’IMC est égal ou supérieur à 30.

L’obésité, un facteur de risque

Sans jamais stigmatiser les personnes, il est fondamental aujourd’hui de leur proposer, de manière bienveillante, une prise en charge solide et pluridisciplinaire afin de leur permettre de retrouver un certain contrôle sur leur poids. En effet, l’obésité est un facteur de risque important pour de nombreuses pathologies, notamment :

  • Maladies cardiovasculaires : hypertension, insuffisance cardiaque, infarctus du myocarde, accident cardiovasculaire (AVC), etc… ;
  • Affections respiratoires, notamment syndrome d’apnée du sommeil ;
  • Complications ostéoarticulaires et notamment arthrose précoce ;
  • Affections cutanées et vasculaires allant des mycoses aux lymphœdèmes ;
  • Troubles urinaires : prolapsus (descente d’organes), incontinence urinaire… ;
  • Troubles digestifs, principalement reflux gastro-­œsophagien, lithiase biliaire (calculs) et stéatose hépatique ;
  • Problèmes de fertilité et complications pendant la grossesse.

Parce que, contrairement à ce que certains peuvent penser, sortir de l’obésité n’est pas juste “une question de volonté” et que cette obésité est plurifactorielle, souvent synonyme de honte, de gêne, de culpabilité mais aussi de précarité, il sera bénéfique pour la personne présentant une obésité de se faire aider par une équipe pluridisciplinaire où interviennent notamment  :

  • Diététiciens
  • Masseurs-­kinésithérapeutes
  • Chirurgiens
  • Endocrinologues
  • Infirmiers
  • Psychologues
  • Éducateurs d’activité physique adaptée (APA)

Quels sont, dans ce contexte où il n’y a pas de solution unique et universelle, les rôles du kinésithérapeute ?

La prise en charge de l’obésité en kinésithérapie

Dans le cadre de la prise en charge des personnes souffrant d’obésité, le kinésithérapeute est amené, d’abord, à effectuer plusieurs bilans :

  • Un examen morphologique statique et dynamique pour évaluer les possibles déformations, attitudes et morphotypes en général causés par un excès de poids ;
  • Un examen articulaire pour rechercher  d’éventuelles limitations articulaires ainsi que leur origine ;
  • Des examens musculaire et respiratoire afin d’évaluer la résistance maximale (RM) de certains muscles afin de créer un programme adapté au patient ;
  • Une évaluation de la douleur qui permettra de déterminer le type d’exercice que le patient pourra réaliser, leur intensité et durée. En cas de douleurs, le patient devra préciser son(leurs)siège, le moment où elle(s) se manifeste(ent), dans quelle position ainsi que leur intensité … Le kiné a également besoin de savoir si la douleur survient au cours d’une activité précise et laquelle ainsi que le type de douleur (sensation de piqûre, brûlure, pointe, …) ;
  • Une évaluation de l’activité physique afin de mieux connaître les habitudes quotidiennes du patient.

Il est absolument indispensable que ces bilans initiaux soient effectués sans aucun jugement de valeur, sans aucune remarque ou supposé désobligeant pour la personne : la grossophobie est un véritable fléau qui est souvent responsable d’un refus de soin ou d’un manque d’adhésion à la prise en charge.

Vient ensuite la rééducation en elle-même. La prise en charge masso-­kinésithérapique s’inscrit dans une prise en charge globale de l’obésité. Le kinésithérapeute insistera davantage sur la pratique de l’activité physique, mais ne doit pas oublier pour autant de distiller des conseils d’hygiène de vie concernant l’alimentation, la sédentarité, le temps passé assis ou devant des écrans.
L’objectif principal de cette prise en charge est d’améliorer la qualité de vie du patient et pour ce faire, un changement d’hygiène de vie est nécessaire. La perte de poids n’est pas un objectif en soi, mais une conséquence positive de ce changement. Les objectifs doivent être fixés en fonction de chaque patient et en concertation avec ce dernier.

Durant cette prise en charge, le kinésithérapeute respecte plusieurs principes :

  • Si le patient présente des douleurs, la pratique d’exercices ou d’activités devra rester infra-douloureuse afin de ne pas augmenter ou faire perdurer ces douleurs ;
  • Comme pour beaucoup d’autres pathologies, il est également nécessaire que la prise en charge soit progressive. En effet, il faut commencer par des exercices/activités de faible intensité pour ensuite aller vers des intensités plus élevées ;
  • Parallèlement, la durée d’activité va s’allonger et le nombre de séances par semaine va augmenter. Le fait d’être progressif permet de ne pas mettre le patient en échec dès le début, ce qui est important pour garder et développer sa motivation.

Le kinésithérapeute pourra alors déployer différentes méthodes de réadaptation physique et d’encouragement à la mobilité afin de redonner au patient le goût du mouvement et lui (re)donner confiance en son corps :

  • Gymnastique médicale, c’est à dire la réalisation et la surveillance d’actes à visée de rééducation neuromusculaire, corrective ou compensatrice, effectués dans un but thérapeutique ou préventif afin d’éviter la survenue ou l’aggravation d’une affection. Cette gymnastique peut être menée individuellement ou en groupe ;
  • Réadaptation cardiaque et programmes de réadaptation à l’effort ;
  • Renforcement musculaire.

De manière complémentaire aux autres prises en charge menées par différents professionnels de santé, l’apport de la kinésithérapie s’avère le plus souvent bénéfique pour les patients dès lors que l’accompagnement est progressif, bienveillant et pédagogue.