Santé, bien-être et sexualité épanouie :

Mesdames, prenez soin de votre périnée

Actualité des patients

À l’occasion du 8 mars, journée mondiale du droit des femmes, faisons le point sur le périnée. Ce muscle, souvent tabou, est essentiel pour la qualité de vie des femmes.
Sportives, femmes enceintes, jeunes mamans, femmes ménopausées, chacune pourra, à un moment ou l’autre de sa vie, être confrontée à des dysfonctionnements affectant autant sa vie sociale que sa vie intime.
Et de l’intimité parlons-en également car toute patiente a des droits quant à sa prise en charge en thérapies manuelles et doit les connaître afin que que sa rééducation se déroule dans la confiance et dans le respect de l’éthique et de la déontologie professionnelles.

Qu’est ce que le périnée ?

Le périnée est un groupe de muscles en forme de losange qui s’étend du pubis au coccyx. Véritable hamac musculaire, son rôle est de soutenir les organes de la cavité pelvienne (la vessie, certains organes génitaux, une partie du gros intestin et le rectum).

Il permet de compenser les pressions subies par lesdits organes lors d’efforts provoqués pendant des activités quotidiennes, sportives (courses, sauts…) ou tout simplement de toux. Son relâchement permet la miction – le fait d’uriner et de déféquer- et sa contraction la continence urinaire et anale. Il participe également à la qualité de la vie sexuelle.

Quels sont les facteurs de risque ?

Comme tous les muscles, le périnée est exposé aux risques de lésions musculaires que sont l’étirement, la compression et la déchirure.
Le périnée peut être affaibli ou lésé lors de divers évènements de la vie : grossesse, accouchement, chirurgie, infection, agression… :

  • Pendant la grossesse, il est soumis à la pression de l’utérus et affecté par les variations de poids, de volume et par les changements hormonaux.
  • Lors de l’accouchement, il est étiré et comprimé par le passage du fœtus ainsi que par les poussées ce qui peut entraîner des atteintes neurologiques et/ou musculaires. À noter : les femmes qui accouchent par césarienne peuvent également être affectées par des dysfonctionnements du périnée et une rééducation chez le kinésithérapeute sera également de mise.
  • Les toux chroniques
  • Les activités sportives ou professionnelles, comme le saut, la course ou le port de charges, ainsi que le surpoids sont aussi néfastes. Le sport n’a pas d’impact direct sur le renforcement de la musculature du périnée. Un déséquilibre progressif peut se créer entre le tonus des abdominaux et la résistance du périnée. Ainsi, les à-coups de pression abdominale avec des efforts répétitifs et parfois violents (selon le type de sport) vont augmenter le risque de fragilisation périnéale
  • A la ménopause, le vieillissement musculaire et ligamentaire peuvent entraîner des troubles de la continence

 

Quels sont les conséquences des dysfonctionnements du périnée ?

L’affaiblissement du périnée peut entraîner :

  • Des fuites urinaires notamment à l’effort lorsque l’on tousse, éternue, rie ou lors d’exercices sportifs. Celles-ci sont  sont dues à l’augmentation de la pression sur la vessie et à une mauvaise réponse de la musculature du plancher pelvien.
  • De la constipation ou une incontinence anale : La constipation et l’incontinence anale et fécale, bien qu’ayant des effets contraires, sont des conséquences des troubles périnéaux. L’incontinence anale et/ou fécale est l’émission involontaire de gaz et /ou de selles formées ou liquides et/ou de salissures.
  • Un prolapsus : Le prolapsus génital, couramment appelé «descente d’organes », est un déplacement anormal au travers de la paroi vaginale d’un ou des trois organes pelviens :  vessie, utérus et rectum. Il se produit lorsque les ligaments de suspension des organes sont distendus ou les muscles du plancher pelvien affaiblis. Cela produira gêne et inconfort au quotidien.  
  • Des troubles sexuels : Lors de relations sexuelles la musculature périnéale féminine à une grande importance pour le « bon déroulement » de l’acte : compression du clitoris ; réduction de l’orifice vaginal ; apport sanguin dans la vulve et le clitoris ; resserrement du vagin… Une musculature féminine tonique et efficace déclenche un supplément de rigidité chez l’homme. Les troubles périnéaux entraînent ainsi une perte de sensation chez la femme et peuvent générer des défauts d’érection chez son partenaire. A l’inverse, l’hypertonie périnéale peut être la cause du vaginisme, une contracture involontaire qui rend douloureuse voire impossible toute tentative de rapports sexuels avec pénétration.
  • Des douleurs : Les femmes peuvent ressentir une sensation désagréable de pression ou d’inconfort provenant de la vessie, de la région anale, ou des organes génitaux. Si ces sensations s’aggravent lorsque la vessie se remplit ou pendant des relations sexuelles, il se peut que ce soit lié à des tensions anormales du périnée, ou un prolapsus. De même, la grossesse peut entraîner des troubles musculo-squelettiques.

 

Comment préserver son périnée au quotidien ?

  • Luttez contre la constipation : hydratez-vous suffisamment, consommez des fibres quotidiennement (légumes, fruits, céréales complètes) et veillez à avoir une activité physique régulière.
  • Ne laissez pas une toux chronique s’installer : consultez votre médecin si une toux devient régulière, faites testez vos allergies respiratoires, évitez le tabac ainsi que ce qui peut entraîner du reflux (café en quantités excessives, aliments acides, alcool…)
  • Prévenez les prises de poids rapides et l’obésité par une alimentation équilibrée
  • Si vous êtes sportive : évitez tout ce qui peut être générateur de pression comme par exemple les abdominaux type “crunchs”. Évitez absolument les activités sur trampoline et méfiez-vous des sports à impacts. Runneuse, vous souhaitez continuer à courir pendant votre grossesse ? Cela ne vous est pas interdit à condition d’adapter votre pratique. N’hésitez pas à consulter un kinésithérapeute afin de faire un bilan et d’ajuster votre routine.
  • Au quotidien mais davantage encore pendant la grossesse : ne bloquez pas votre respiration quand vous faites des efforts ou soulevez des charges afin de limiter les pressions abdominales.
  • Après votre accouchement : ne vous pressez pas pour reprendre le sport , laissez-vous le temps, votre corps a subi de nombreux changements en peu de temps. Veillez à bien respecter également la durée de votre rééducation périnéale : il n’y a pas un nombre de séances type, chacune progressant à son rythme.
  • Enfin, contrairement aux idées reçues, le “stop-pipi” qui consiste, quand on est en train d’uriner, à arrêter la miction avant d’avoir complètement vidé sa vessie est une mauvaise idée. Cette méthode est plus délétère que bénéfique.

 

La rééducation périnéale

Les différentes techniques de rééducation

  • Le travail manuel : il peut se pratiquer par voie endo-vaginale ou endo-anale ou par voie externe sur le périnée. Il permet au kinésithérapeute de vérifier la bonne pratique du travail périnéal. Il guide le patient dans l’apprentissage de la bonne pratique. Il lui permet de travailler le renforcement musculaire et le verrouillage périnéal appliqué à l’effort par exemple.
  • Le Bio Feed Back : cette méthode souvent instrumentale basée sur une rétro information qui va permettre au patient de visualiser le travail effectué, de l’analyser, de le corriger.
  • L’électro Stimulation Fonctionnelle (ESF) endo cavitaire ou exo cavitaire : elle va permettre de déclencher la contraction des muscles de manière passive puis active. Le patient va accompagner la stimulation pour permettre la prise de conscience du travail périnéal.
  • La compétence des muscles abdominaux : elle permet de corriger l’insuffisance des abdominaux et particulièrement du muscles transverse de l’abdomen pour une transmission correcte des pressions lors des efforts, une protection de la sphère pelvienne et une diminution de l’incontinence d’effort
  • La prise en charge comportementale : par exemple, faire réaliser un calendrier mictionnel sur 24 ou 48 heures en notant les informations horaires et quantitatives sur les liquides absorbés, la fréquence et le volume des mictions, et les désordres (fuites, urgences, etc…). Il s’agit de cibler les mauvaises habitudes et de corriger l’organisation des mictions et la gestion des volumes bus.

Ces techniques ne sont que le point de départ des prises en charge. Après avoir appris à localiser, contracter, mobiliser le périnée, il faut savoir appliquer cet apprentissage dans la vie quotidienne en prenant en compte l’ensemble des autres composantes agissant dans ces situations : abdominale, rachidienne, ventilatoire

Vos droits en tant que patiente

De nombreuses femmes appréhendent la rééducation périnéale. Sachez que votre kinésithérapeute est là pour vous rassurer, vous écouter et discuter de votre prise en charge. Durant la première séance, il mènera un bilan interrogatoire long portant sur différents aspects relatifs à votre périnée et vous expliquera les techniques de rééducation qu’il utilise et pourquoi il les utilise. À cette occasion, vous pourrez discuter avec lui de vos choix et de vos préférences lorsque des alternatives s’offrent à vous.
N’hésitez pas à lui poser toutes les questions que vous avez en tête. Il pourra également vous faire signer un consentement éclairé signifiant que vous avez bien compris les techniques utilisées et que vous l’autorisez à les pratiquer (voir Avis – CNO n° 2018-03)
Sachez qu’en aucun cas un kinésithérapeute ne peut vous forcer à subir un toucher vaginal ou rectal et que vous demeurez maîtresse de votre prise en charge en ayant été suffisamment informée au préalable des avantages des différentes méthodes.

Nous rappelons enfin qu’en vertu du décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie, Version consolidée au 28 février 2019, les praticiens justifiant d’un titre d’ostéopathe seul ne peuvent effectuer les actes suivants ni manipulations gynéco-obstétricales, ni touchers pelviens. (Art.3)

Retrouvez la campagne #kineperineeefficacite du CNOMK ici