Sport sur ordonnance : quel est le rôle du kinésithérapeute ?

Les bienfaits du sport sur la santé ne sont aujourd’hui plus à prouver – l’OMS identifie ainsi l’inactivité physique comme le 4e facteur de risque de mortalité au niveau mondial, représentant 6% des décès. L’efficacité du sport dans le maintien d’une bonne santé prend par ailleurs un tout autre relief dans le cadre des maladies chroniques où il prend la forme d’un traitement, à l’instar des médicaments.

Dans ce contexte, les médecins peuvent désormais prescrire du sport à certains de leurs patients afin d’améliorer leur prise en charge.

Le mot d’ordre ? “L’activité sportive, lorsqu’elle est bien encadrée, représente une voie efficace, accessible et saine de lutter contre la maladie.

Qu’est ce que que le sport sur ordonnance ?

Depuis toujours un grand nombre de médecins préconisent la pratique de l’activité physique et/ou du sport en encourageant leurs patients à bouger plus.

Depuis le 1er mars 2017, le décret sur la possibilité de prescription de l’Activité Physique Adaptée comme thérapie non médicamenteuse est entrée en vigueur.

Il est la suite naturelle de la publication, dans la Loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016, de la reconnaissance du sport comme « médicament » avec l’article L.144 dont l’objectif est de prévenir et réduire l’incidence des maladies chroniques non transmissibles en réduisant les facteurs de risque et les limitations fonctionnelles par une pratique sportive.

Qui peut bénéficier de cette prescription ?

Seuls les patients reconnus en ALD (affection longue durée) peuvent bénéficier de cette prescription, la prévention primaire ainsi que le vieillissement étant exclus du dispositif. Concrètement,  les ALD regroupent des maladies qui nécessitent un traitement prolongé et une thérapeutique souvent coûteuse. Elles sont au nombre de 30, fixées par le décret n° 2011-77 du 19 janvier 2011 :

  • accident vasculaire cérébral invalidant ;
  • insuffisances médullaires et autres cytopénies chroniques ;
  • artériopathies chroniques avec manifestations ischémiques ;
  • bilharziose compliquée ;
  • insuffisance cardiaque grave, troubles du rythme graves, cardiopathies valvulaires graves, cardiopathies congénitales graves ;
  • maladies chroniques actives du foie et cirrhoses ;
  • déficit immunitaire primitif grave nécessitant un traitement prolongé, infection par le virus de l’immuno-déficience humaine (VIH) ;
  • diabète de type 1 et diabète de type 2 ;
  • formes graves des affections neurologiques et musculaires (dont myopathie), épilepsie grave ;
  • hémoglobinopathies, hémolyses, chroniques constitutionnelles et acquises sévères ;
  • hémophilies et affections constitutionnelles de l’hémostase graves ;
  • maladie coronaire ;
  • insuffisance respiratoire chronique grave ;
  • maladie d’Alzheimer et autres démences ;
  • maladie de Parkinson ;
  • maladies métaboliques héréditaires nécessitant un traitement prolongé spécialisé ;
  • mucoviscidose ;
  • néphropathie chronique grave et syndrome néphrotique primitif ;
  • paraplégie ;
  • vascularites, lupus érythémateux systémique, sclérodermie systémique ;
  • polyarthrite rhumatoïde évolutive ;
  • affections psychiatriques de longue durée ;
  • rectocolite hémorragique et maladie de Crohn évolutives ;
  • sclérose en plaques (3) ;
  • scoliose idiopathique structurale évolutive (dont l’angle est égal ou supérieur à 25 degrés) jusqu’à maturation rachidienne ;
  • spondylarthrite grave ;
  • suites de transplantation d’organe ;
  • tuberculose active, lèpre ;
  • tumeur maligne, affection maligne du tissu lymphatique ou hématopoïétique.

Il est important de noter qu’en fonction de l’état fonctionnel des patients, déterminé par le médecin prescripteur, il peut être obligatoire que l’activité physique adaptée soit encadrée par les professionnels de santé ce qui est le cas lorsque la pathologie engendre des limitations fonctionnelles sévères.

Qu’est ce que l’APA (activité physique adaptée) ?

Également appelées « Sport Santé », les activités physiques adaptées (APA) regroupent l’ensemble des activités physiques et sportives adaptées aux capacités des personnes (enfants ou adultes) atteintes de maladie chronique ou de handicap.

L’objectif des APA est de prévenir l’apparition ou l’aggravation de maladies, d’augmenter l’autonomie et la qualité de vie des patients, voire de les réinsérer dans des activités sociales.

En effet, lorsque l’on est malade, selon son âge et l’évolution de sa pathologie, on ne peut  pas prétendre au même niveau d’intensité dans la pratique d’une activité physique, que cela soit dans leur quotidien à la maison, au cours de leurs loisirs ou plus particulièrement dans le cadre de séances d’activité physique qui sont alors « adaptées » à la situation, en tenant compte des contre-indications médicales éventuelles et qui sont dispensées par des intervenants spécifiquement formés.

Quel est le rôle du kinésithérapeute ?

Selon la circulaire du 3 mars 2017, venant mettre en œuvre le décret sur le sport sur ordonnance, la première catégorie citée habilitée à dispenser ces soins est le professionnel de santé (au sens des art L. 4231-1, L 4331-1 et L 4332-1) soit un masseur-kinésithérapeute, un ergothérapeute et un psychomotricien.

La seconde catégorie correspond aux professionnels titulaires d’une licence mention STAPS parcours-type APAS ou titulaire d’un master de cette même spécialité et enfin, les éducateurs sportifs, fonctionnaires et militaires enregistrés au répertoire national des certifications professionnelles (ici la circulaire détaillant ces éléments).

Mais, seuls les masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens peuvent prendre en charge les patients présentant des limitations fonctionnelles, cognitives, sensorielles et/ou des douleurs majeures. : “Pour les patients présentant des limitations fonctionnelles sévères telles que qualifiées par le médecin prescripteur […], seuls les professionnels de santé mentionnés au 1° de l’article D. 1172-2 sont habilités à leur dispenser des actes de rééducation ou une activité physique, adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical .” (annexe 11-7-2)

Attention : Cette prise en charge ne doit pas être confondue avec les actes de rééducation « qui sont réservés aux professionnels de santé dans le respect de leurs compétences. En outre, le kinésithérapeute se trouve souvent en première ligne dès la première prescription. En effet, il peut lui être demandé par le médecin traitant d’établir un bilan complet de la condition physique du patient afin de l’orienter et de le suivre dans sa démarche d’activité physique. Ainsi, les kinésithérapeutes, qui sont aussi éducateurs sportifs de par leur formation, veilleront à ce que les patients qui nécessitent une rééducation spécifique ne soient pas pris en charge par d’autres professionnels non formés à ces traitements.

Les limites du sport sur ordonnance

Aujourd’hui, qu’il s’agisse d’une ALD exonérante ou non (dans le premier cas, les soins relatifs à l’affection sont pris en charge à 100% par l’Assurance Maladie), la loi ne prévoit pas de remboursement pour l’activité physique adaptée. Quelques complémentaires santé proposent cependant une prise en charge financière de séances d’activité physique, sous certaines conditions. Il n’est pas rare cependant  que les programmes d’APA proposés soient en partie financés par des partenaires locaux et soient donc plus accessibles financièrement que les activités physiques dispensées dans des structures classiques.

Certains déplorent également le manque de formation des médecins traitant relativement à la prescription de sport et au suivi des patients engagés dans une telle démarche1.

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1 https://www.lemonde.fr/sante/article/2019/01/30/le-sport-sur-ordonnance-ne-decollera-pas-sans-prise-en-charge-financiere_5416521_1651302.html