Le 20 janvier dernier s’est tenue la cérémonie des vœux 2026 de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes. La présidente du Conseil national, Pascale MATHIEU, a tenu à rappeler les valeurs citoyennes qui guident son action. Lutte contre la désinformation en santé, accès aux soins, formation, développement de l’accès direct et des coopérations interprofessionnelles : autant de sujets centraux pour cette nouvelle année, qui marquera les 20 ans de l’Ordre. Sans oublier la publication du code de déontologie et du livre blanc actuellement en préparation.

Il est 19 heures ce mardi 20 janvier 2026 quand Pascale MATHIEU, présidente du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, prend la parole. Dans la salle, une centaine de personnes sont rassemblées. Parmi elles, des anciens ministres, des délégués généraux[1], des parlementaires[2], des conseillers d’État et conseillers ministériels, des directeurs d’administrations centrales, des représentants de différents ordres professionnels[3], syndicats, institutions, collègues et sociétés savantes, ainsi que de nombreux professionnels de santé[4] et journalistes.
Des valeurs citoyennes
Pascale MATHIEU a tout d’abord annoncé qu’elle souhaitait un cadre « moins convenu » pour cette cérémonie des vœux, afin d’en faire un moment « plus politique et plus citoyen » et de partager ses « convictions profondes ». « Chacun d’entre nous ici n’est pas seulement médecin, conseiller d’État, avocat, kinésithérapeute, Haut fonctionnaire ou président d’institution, a-t-elle rappelé. Nous sommes tous des citoyens engagés, libres et autonomes, ancrés dans la cité avec le devoir de défendre nos convictions lorsque des propos haineux, discriminatoires ou indignes sont tenus ». Elle faisait notamment référence aux messages insultants qu’elle a reçus dernièrement via les réseaux sociaux, après avoir manifesté son soutien à Mathias WARGON. Ce médecin, chef de service des urgences à Saint-Denis, avait mis en cause l’insuffisance de la vaccination anti-grippale face à l’épidémie de ces dernières semaines et aux tensions constatées dans les services d’urgences, déclenchant des réactions haineuses de la part d’individus antivax, dont un député. Les insultes, les propos discriminatoires ou méprisants sont malheureusement des situations « assez fréquentes dans nos cabinets, a-t-elle regretté. Nous avons le devoir de ne pas laisser ces paroles prospérer. […] Car nous, citoyens engagés, nous devons affirmer publiquement nos valeurs ».
Pascale MATHIEU a ainsi salué la présence de Candy SROUR, présidente de l’association Langage de femmes[5] qui lutte contre toutes les formes de discriminations, et de Cécile MANTEL, représentant la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof).
La lutte contre la désinformation en santé
Rappelant que le Conseil national de l’ordre a contribué au rapport sur la désinformation en santé[6] remis dernièrement à la ministre Stéphanie RIST, Pascale MATHIEU a dénoncé une fois encore les « promoteurs de pratiques non éprouvées, voire charlatanesques » et « les risques que font peser la désinformation et le populisme sur nos démocraties lorsque la rationalité scientifique est affaiblie ».
Elle a ainsi salué le travail des journalistes qui alertent sur les dérives en la matière. Elle a aussi remercié l’ancienne ministre de la Santé Agnès BUZYN pour sa présence et son action au sein du Think tank Évidences, qui rassemble professionnels de santé, sociologues, mathématiciens et scientifiques pour « défendre la valeur émancipatrice de la science »[7]. La présidente a enfin souligné l’engagement constant de l’ordre pour la promotion de la démarche scientifique, notamment par le biais de ses chambres disciplinaires qui n’hésitent pas « à sanctionner les manquements à l’obligation d’agir selon les données acquises de la science et à proscrire le charlatanisme ».
Les projets pour 2026
L’année 2026, qui marquera les 20 ans de l’Ordre, sera jalonnée de nombreux événements.
Tout d’abord, Pascale MATHIEU a annoncé que le code de déontologie serait publié prochainement.
La présidente souhaite également « aller plus loin dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes », rappelant que tout professionnel sanctionné définitivement pour des faits graves de cette nature ne doit plus jamais pouvoir exercer. Des travaux visant à mieux protéger les victimes ont d’ailleurs été engagés en lien avec Sarah EL HAÏRY, Haut-Commissaire à l’Enfance, et sa conseillère Lola JOSEPH MONTRELAY.
Autre sujet d’actualité en 2026 : le déploiement de la certification, en lien avec le Conseil national professionnel (CNP) et la Haute Autorité de santé (HAS).
L’universitarisation de la profession est aussi un thème central pour la présidente, qui a remercié Agnès BUZYN et Lionel COLLET pour leur présence[8] et leur soutien, avec Stéphane LE BOULER, lors de ce processus. « Il est temps de créer de véritables postes universitaires pour les kinésithérapeutes, profession mature, riche de docteurs qualifiés et de doctorants », a-t-elle affirmé, souhaitant également « mettre fin à la prolifération d’instituts privés anachroniques » et « augmenter les capacités de formation à coût universitaire ».
Pascale MATHIEU a également souligné que l’ordre est chargé du contrôle de la compétence des professionnels, avec l’appui de l’État, afin de garantir la qualité des prises en charge pour les patients. Elle a salué à ce propos la présence de Gérard RAYMOND, président de France Assos Santé (Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé). Elle a aussi précisé que la gestion des dossiers des diplômés européens, notamment, nécessitait d’être améliorée afin de satisfaire à cette exigence de qualité.
Améliorer l’accès aux soins
Pour conclure ses vœux, la présidente a abordé deux sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur : l’accès aux soins et le développement de l’accès direct aux kinésithérapeutes. « La porte d’entrée n’est pas forcément le médecin, a-t-elle déclaré, notamment s’il n’y en a pas… ». L’accès aux soins pour tous et en tout lieu demande « une meilleure coopération entre professionnels de santé », même si les collaborations médecins-kinésithérapeutes sont déjà très souvent une réalité sur le terrain. La présidente a salué la présence d’Agathe SCEMAMA, du bureau du Collège de médecine générale (CMG), et a insisté sur la nécessité de renforcer ces coopérations interprofessionnelles, citant celle développée par le Dr Pierre BERNARD, chirurgien du rachis, qui a inclus des kinésithérapeutes à toutes les étapes du parcours de soins.
En 2022, les différents ordres professionnels en santé, au sein du Comité de liaison des institutions ordinales – Santé (Clio Santé) avaient à cet effet remis à François BRAUN, alors ministre de la Santé et de la Prévention et à Agnès FIRMIN LE BODO, alors ministre chargée de l’Organisation territoriale et des Professions de santé, un ensemble de propositions visant à améliorer l’accès aux soins[9].
« L’investissement dans les soins de kinésithérapie génère à terme des économies », a noté Pascale MATHIEU, alors que « le non-recours au kinésithérapeute coûte de l’argent in fine ». Elle milite pour que l’accès direct aux kinésithérapeutes, qui est déjà une réalité dans plus de 53 pays, soit généralisé en France : « il n’augmente ni les coûts ni les risques, et améliore l’accès aux soins », a-t-elle rappelé.
Un livre blanc bientôt publié
Les dispositions législatives récentes concernant le cadre d’exercice des sages-femmes et des infirmiers laissent espérer une évolution positive pour les 110 000 kinésithérapeutes qui exercent dans notre pays. « Un livre blanc est en cours de rédaction par la majorité des représentants des kinésithérapeutes. Quand il sera finalisé, ils le présenteront. Il portera leurs propositions pour notre avenir », a annoncé la présidente, qui a conclu son propos par cette question : « Et si 2026 était enfin l’année des kinésithérapeutes ? ».
[1] À l’image de Zaynab RIET, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France.
[2] Comme les députés Nicole DUBRE CHIRAT, Jérôme GUEDJ, Annaïg LE MEUR et Cyrille ISAAC-SIBILLE.
[3] Alain DESBOUCHAGES, président du Conseil national de l’ordre des infirmiers, Jacques GUERIN, président du Conseil national de l’ordre des vétérinaires.
[4] Dont le Pr Jean-Marc AYOUBI, chef du service gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction de l’hôpital Foch à Suresnes.
[5] https://www.langagedefemmes.com/
[6] MOLIMARD M, COSTAGLIOLA D, MAISONNEUVE H. Bilan des forces et des faiblesses. Recommandations pour une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé. Rapport au Ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, 12 janvier 2026. https://www.vie-publique.fr/rapport/301678-rapport-sur-la-desinformation-en-sante
[7] https://www.institut-evidences.fr/
[8] Étaient également présents dans la salle : Jordan CHALLIER, conseiller spécial de la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, chargé de la formation, des compétences, de l’attractivité des métiers et du dialogue social, et Sébastien DELESCLUSE, du bureau du Premier ministre.
[9] https://www.ordremk.fr/actualites/ordre/lordre-des-masseurs-kinesitherapeutes-se-mobilise-avec-les-autres-ordres-de-sante-pour-ameliorer-lacces-a-loffre-de-soins-en-france/





























