Pascale MATHIEU, présidente du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes :
« L’année 2025 marque sans aucun doute la fin d’un cycle pour la kinésithérapie. À l’aube de 2026, alors que notre profession s’apprête à célébrer ses 80 ans et que l’Ordre atteint deux décennies d’existence, il nous appartient de prendre du recul pour mesurer le chemin parcouru. Depuis 1946, puis depuis la création de l’Ordre en 2006, notre société, notre système de santé et les attentes des patients ont profondément évolué. Les progrès scientifiques, technologiques et médicaux ont permis d’allonger l’espérance de vie, faisant émerger de nouveaux besoins, notamment liés au vieillissement de la population.
Nous devons collectivement nous en réjouir et nous mobiliser pour accompagner nos concitoyens dans cet enjeu majeur : vivre en bonne santé, le plus longtemps possible. Ce contexte nous invite à nous poser les questions suivantes: quel kinésithérapeute pour demain ? Quel exercice pour répondre à des besoins croissants, élargir notre file active, renforcer l’autonomie des patients et inscrire pleinement notre action dans une logique de prévention ? Le virage préventif ne pourra se faire sans les kinésithérapeutes, dont l’expertise en rééducation et en accompagnement des parcours de vie constitue un atout essentiel. Dans cette perspective, il est indispensable que la kinésithérapie trouve pleinement sa place dans l’action publique : au triptyque médecin, pharmacien, infirmier doit désormais être associé le volet rééducation. À ce titre, les pouvoirs publics ont un rôle déterminant à jouer pour soutenir, encourager et valoriser cette contribution essentielle à l’organisation des soins et à la santé des populations.
Les défis auxquels nous sommes confrontés sont nombreux. L’actualité rappelle avec force la nécessité de prévenir et de lutter contre les violences, notamment les violences sexistes et sexuelles, qui touchent l’ensemble de la société, y compris les professionnels de santé. Deux lois importantes seront publiées en 2026 sur ce sujet, auxquelles l’Ordre contribuera activement, afin de garantir le respect des principes de moralité et de probité qui fondent notre exercice. Parallèlement, il nous appartient de former des professionnels compétents, capables de répondre aux transformations profondes de notre environnement, et d’obtenir des pouvoirs publics le soutien nécessaire à cette ambition. Enfin, nous ne pouvons ignorer les fragilités qui traversent la profession. Les résultats de l’enquête conduite notamment par le professeur Didier TRUCHOT mettent en évidence une dégradation des conditions d’exercice et une progression préoccupante des risques psychosociaux et de l’épuisement professionnel. Ces constats ne peuvent nous laisser indifférents. Ils appellent à un engagement renouvelé de l’Ordre, notamment à travers le développement de dispositifs d’entraide et de solidarité, afin d’accompagner les kinésithérapeutes confrontés à des difficultés.
À l’heure où s’ouvre un nouveau cycle, l’Ordre réaffirme sa volonté de porter une vision ambitieuse pour la profession, au service des patients et de l’intérêt général. Réinventer la kinésithérapie, c’est à la fois valoriser l’expertise des professionnels, répondre aux besoins de santé de la population et contribuer activement à la transformation de notre système de santé. C’est dans cet esprit que nous abordons l’année 2026. »
Pascale Mathieu,
Présidente du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes