Toutes les actualités

« J’ai toujours été attaché à l’éthique professionnelle et au respect des règles »

  • Partager
  • Imprimer

20 ans de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes : au-delà de l’institution, ce sont des femmes et des hommes engagés, investis au service de la profession et de leurs confrères.

À travers six portraits de présidents de conseils régionaux et départementaux, découvrez six personnalités, leurs parcours, leurs motivations et leur vision de l’engagement ordinal. Une série pour mieux comprendre celles et ceux qui font vivre l’Ordre au quotidien, au plus près du terrain, et les défis qu’ils relèvent pour accompagner et représenter les kinésithérapeutes de leur territoire.

Diplômé depuis 1983 de l’Institut de formation en masso-kinésithérapie (IFMK) de Rennes, Bruno GUY a d’abord travaillé en exercice mixte avant d’exercer exclusivement en libéral, aujourd’hui à Saint-Jean-de-Védas (Occitanie). Engagé au sein de l’Ordre depuis sa création en 2006, il est président du conseil régional de l’Ordre (CRO) des kinésithérapeutes d’Occitanie depuis juin 2024. Retour sur son engagement.

Avant d’être président de CRO, quel kinésithérapeute êtes-vous ?  

Je travaille à côté de Montpellier, dans un pôle de consultation situé volontairement à proximité d’une clinique privée dans laquelle travaillent des chirurgiens orthopédistes. La clinique nous a sollicités pour monter un plateau technique de rééducation des membres inférieurs afin de prendre en charge, en suite de soins, les patients qui y sont opérés. Je travaille avec trois associés et un collaborateur, en libéral. Nous sommes plus ou moins engagés à recevoir les patients que les chirurgiens veulent nous confier. Pour autant, ils ne représentent pas notre patientèle exclusive. Nous accueillons toutes les personnes blessées aux membres inférieurs, ayant besoin de rééducation, toutes d’âges confondues.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager au sein de l’Ordre ?

Je suis engagé au sein de l’Ordre depuis sa création en 2006. Sa création était attendue par la profession, qui souhaitait s’émanciper de la tutelle médicale. De mon côté, cet engagement correspondait à mes valeurs. J’ai toujours été attaché à l’éthique professionnelle et au respect des règles. C’est un confrère syndicaliste qui m’a encouragé à m’investir. J’ai exercé mon premier mandat en tant que membre du conseil départemental en 2006, et après six mois, j’ai été amené à remplacer le vice-président. En 2009, j’ai été élu au conseil régional du Languedoc-Roussillon, avant d’en devenir le président en 2011. Après la fusion des régions à la suite de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République de 2015, de nouvelles élections ont été organisées. Je n’ai pas été réélu mais je suis resté membre du conseil pendant un an. J’ai ensuite perdu les élections. Ce n’est jamais agréable mais c’est arrivé au bon moment, car je devais m’investir dans d’autres projets et j’ai pu m’y consacrer pleinement. Il y a un an et demi, j’ai été élu président du CRO d’Occitanie, sachant qu’en parallèle, j’ai toujours conservé mon mandat départemental.

Quelle est la question que l’on vous pose le plus souvent sur le terrain ?

Nous sommes particulièrement sollicités par les patients, car nous les voyons dans un cadre plus décontracté que les médecins, et ce pour des séries de soins généralement de plusieurs mois. Une relation s’instaure et ils n’hésitent pas à nous poser des questions sur leur santé et leur récupération. Ils cherchent le plus souvent à savoir quand ils vont pouvoir reprendre une activité dont ils sont privés pendant leur rééducation. Ils viennent soit chercher une validation, soit un message différent de celui transmis par leur médecin ou leur chirurgien, ce qui nous demande d’être précautionneux et alignés avec les équipes afin de ne pas être discordants, et ce dans l’intérêt de leur santé.

Quel est le sujet qui préoccupe le plus les kinésithérapeutes de votre territoire aujourd’hui ?

L’avenir de la profession ! Ils sont particulièrement inquiets, notamment parce que nous avons désormais des contraintes à l’installation avec le zonage. Dans les zones urbanisées, comme Toulouse et Montpellier, il est devenu compliqué pour les professionnels de s’installer. Ceux qui souhaitent arrêter leur activité se retrouvent à vendre leur cabinet. Ce n’était pas le cas auparavant et cela peut générer des conflits et des litiges que nous ne connaissions pas avant la mise en place du zonage.

À l’inverse, dans les zones rurales, les kinésithérapeutes ont beaucoup de travail et ne trouvent pas toujours de remplaçants. Certains ne parviennent pas à prendre de vacances, ou il arrive que des patients ne trouvent pas de professionnels pour les prendre en charge. Nous sommes donc confrontés à une dépression par manque d’aide et de relais d’un côté, et à une pression par concurrence de l’autre. Les kinésithérapeutes manifestent leurs inquiétudes, mais cette organisation s’impose à nous.

Quel accompagnement de l’Ordre vous semble le plus utile, mais reste encore méconnu ?

L’Ordre est avant tout considéré comme une structure réglementaire et contraignante. De fait, sa mission et de solidarité est souvent méconnue et oubliée. Pourtant, nous pouvons tout à fait être sollicités par des confrères et les aider à trouver des solutions lorsqu’ils se retrouvent en difficulté pour une quelconque raison. Ces trois dernières années, dans mon département, deux confrères ont perdu la vie à la suite d’un burn-out. Or, en amont, nous pouvons proposer des solutions pour prévenir le surmenage. Nous avons par exemple un dispositif régional de retraités-remplaçants, que nous pouvons mobiliser pour ceux qui en ont besoin. En cas de difficultés financières, à la suite d’un événement, nous pouvons débloquer des sommes pour les aider un minimum avant de demander l’aide du Conseil national.

Une situation vous a-t-elle particulièrement marquée durant votre mandat ?

L’année dernière, mon assistant administratif a reçu un appel d’une kinésithérapeute qui lui a dit être désespérée et qu’il allait être la dernière personne à laquelle elle parlerait. Il a réussi à la maintenir, et il a eu le bon réflexe en contactant en parallèle le président du conseil départemental de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes dont dépend cette personne. Une chaîne de solidarité s’est mise en place pour l’aider. Mais mon assistant a dû discuter une trentaine de minutes avec elle. C’était une situation d’une grande souffrance car il n’était pas formé à prendre en charge ce type d’appel. De plus, contrairement aux conseils départementaux, à l’échelon régional, nous sommes rarement sollicités pour ce type de situation, qui m’a interpellé quant à ma responsabilité vis-à-vis de mon salarié.

Si vous pouviez faire passer un message aux kinésithérapeutes de votre territoire, quel serait-il ?

L’Occitanie est un territoire à enjeux car il s’agit d’un grand territoire dynamique, amené à connaître une croissance démographique particulièrement importante. Nous sommes l’une des seules régions à avoir une population qui augmente malgré la baisse de la natalité. Il faut investir la région, mais intelligemment. J’encouragerais les kinésithérapeutes à s’installer dans les zones rurales, dans les déserts médicaux où ils sont attendus et où ils gagneront mieux leur vie. Par ailleurs, les tutelles nous ont accordé, en Occitanie, une preuve de confiance en nous confiant une responsabilité importante : nous sommes la seule région avec trois départements qui l’accès direct aux kinésithérapeutes engagés dans une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS), afin que les patients puissent les solliciter directement, sous certaines conditions, sans passer par les médecins. Nous devons nous saisir de cette montée en responsabilités.

Trois mots pour définir votre engagement ordinal ?

L’éthique, qui est à l’union de la morale et de la déontologie.
La neutralité pour toutes les décisions à prendre, notamment en chambre disciplinaire.
La qualité des soins, ce qui fait le lien avec la mission à venir de l’Ordre concernant la des professionnels de santé.