Pascale MATHIEU, présidente du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, ainsi que les élus de l’Ordre, ont la profonde tristesse de vous faire part du décès de Monsieur Bernard LÉGER, kinésithérapeute et ancien président du Syndicat national des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (SNMKR).
Élu au conseil d’administration du SNMKR en 1985, alors que cette jeune organisation syndicale avait été créée huit ans plus tôt en 1977, Bernard LÉGER en prend la présidence dès le mois de mars.
Au cours de ses cinq années de mandat (durée maximale alors prévue par les statuts du SNMKR), il contribue à structurer durablement l’organisation. Il accompagne son installation dans les locaux parisiens qu’elle occupe encore aujourd’hui, renforce sa représentativité nationale à travers ses partenariats et son rayonnement et participe à définir les grandes orientations de son action. Il s’appuie pour cela sur une équipe diverse, tant par son ancrage territorial que par ses générations et ses modes d’exercice professionnel.
Bernard LÉGER porte une vision résolument tournée vers l’avenir, en faisant de deux grands chantiers des priorités : la création d’un Ordre professionnel et la réforme des études.
La création d’un Ordre professionnel
Dans le respect des décisions du conseil d’administration et des adhérents du SNMKR, Bernard LÉGER œuvre d’abord à faire reconnaître qu’un Ordre professionnel et un syndicat poursuivent des missions distinctes mais complémentaires, au service de l’intérêt général. Une conviction encore loin de faire consensus à l’époque, y compris au sein du monde syndical. Il confie notamment à Francis DUSSERRE, alors secrétaire général, le soin de développer cette réflexion lors d’une conférence organisée au GICAR, salon professionnel de référence.
Dès 1985, le SNMKR apporte son soutien à l’initiative portée par Philippe BALLINI, alors responsable de la commission des professions paramédicales du RPR, en faveur de la création d’un Ordre des masseurs-kinésithérapeutes. Cette démarche conduira à la proposition de loi déposée par les sénateurs BELCOUR et DESCOURS.
La création de l’Ordre devient ensuite l’une des principales revendications de la grande manifestation unitaire de mars 1988, réunissant syndicats libéraux et salariés. Près de 8 000 masseurs-kinésithérapeutes y participent, alors que la profession compte moins de 50 000 praticiens.
Lorsque le Gouvernement envisage finalement la création d’une juridiction commune à l’ensemble des professions paramédicales plutôt qu’un Ordre pleinement constitué, Bernard LÉGER et le SNMKR étudient les propositions et poursuivent leur mobilisation sans jamais perdre de vue leur objectif initial : la création d’un Ordre autonome.
À l’issue de son mandat de président, en 1989, Bernard LÉGER poursuit son engagement au sein du SNMKR, notamment dans les domaines de la formation continue, à travers l’Office national de recherche et d’enseignement en kinésithérapie (ONREK), et de l’information professionnelle avec Kiné Presse. Il continue parallèlement à suivre avec attention le dossier de la création de l’Ordre.
Lorsque celui-ci devient enfin une réalité, il participe activement, dans les départements, à l’information des professionnels et à la préparation des futurs représentants ordinaux.
Le dernier report de l’installation effective de l’Ordre, intervenu sous le gouvernement de Bernard KOUCHNER, empêcha toutefois Bernard LÉGER d’en devenir membre : ayant cessé son activité avant 2007, il ne pourra siéger au sein de cette institution qu’il avait pourtant tant souhaitée et à laquelle il avait consacré une part importante de son engagement.
La réforme des études
Pour Bernard LÉGER et le SNMKR, la réforme des études devait avant tout permettre de former des professionnels capables d’accompagner l’évolution de la kinésithérapie et de renforcer la reconnaissance de la profession, tant dans l’exercice libéral que salarié.
C’est dans cette perspective qu’est expérimentée une évolution majeure du cursus : l’intégration d’une année de premier cycle des études médicales (PCEM) avant l’entrée en formation en masso-kinésithérapie. Cette expérimentation, appelée à être progressivement généralisée, débute sur les sites de Dijon et de Vichy–Clermont.
Cette réforme constitue, avec la création de l’Ordre et la revalorisation des honoraires et des salaires, l’une des revendications majeures de la manifestation nationale de mars 1988.
Un visionnaire au service de la profession
Sur ces deux grands enjeux que furent la création de l’Ordre et l’universitarisation des études, Bernard LÉGER et l’équipe qui l’entourait ont fait preuve d’une remarquable capacité d’anticipation. Dès les années 1980, ils portaient une vision ambitieuse de l’avenir de la profession, dont les grandes orientations se sont progressivement concrétisées au fil des décennies.
Le Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes salue la mémoire de Bernard LÉGER, dont l’engagement, la clairvoyance et la détermination ont durablement contribué à façonner l’histoire et l’évolution de la profession.