Article réalisé avec l’aide de Damien FORZY, kinésithérapeute et tabacologue
Il suffit de regarder les chiffres pour prendre conscience de l’ampleur du fléau : le tabac est responsable d’1 décès sur 8 en France, soit 75 000 morts chaque année. (Pour comparaison, 3 300 décès annuels sont causés par les accidents de la route). Il s’agit de la première cause de mortalité évitable.
Dans leurs cabinets, les kinésithérapeutes prennent en charge au quotidien les conséquences du tabagisme : pathologies respiratoires, cardio-vasculaires, cancers… Et au-delà de ces maladies graves, le tabac impacte de manière insidieuse la rééducation : retard de cicatrisation, effet pro-inflammatoire, fragilisation musculo-tendineuse, déconditionnement physique, effet dépressogène…
Le saviez-vous ?
Depuis la loi de modernisation de notre système de santé de 2016, les kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire des substituts nicotiniques pour accompagner leurs patients vers l’arrêt du tabac. Pourtant, en 2025, cette possibilité reste largement méconnue dans la profession. La formation initiale peine à intégrer cette compétence, et l’offre de formation continue reste très insuffisante. Sans formation solide, il est difficile d’aborder ce sujet avec les patients — d’autant plus qu’aucune cotation spécifique ne vient aujourd’hui valoriser cet accompagnement.Et pourtant, les kinésithérapeutes sont idéalement placés. Ils sont présents partout sur le territoire, établissant une relation de confiance avec leurs patients, et les accompagnant dans la durée et dans leur globalité. Ils les encouragent à adopter une bonne hygiène de vie, à être acteurs de leur santé, à bouger, à bien dormir, à manger sainement, à prendre soin de leur équilibre psychique…
Alors pourquoi le tabac serait-il le grand oublié des cabinets de kinésithérapie ?
Les fumeurs deviennent moins visibles, repoussés hors des lieux publics par les législations successives. On pourrait croire que la consommation diminue, mais elle reste stable : environ 25 % de la population fume. Et 1 fumeur sur 2 mourra des conséquences de son tabagisme.
Pourtant, 60 % des fumeurs souhaitent arrêter, et être accompagné multiplie par 10 les chances de réussite.
Et si les kinésithérapeutes saisissaient cette opportunité ?
En intégrant la lutte contre le tabagisme à leur pratique, ils peuvent améliorer la qualité de vie de leurs patients, optimiser leurs rééducations, et participer activement à sauver des vies.
Depuis plusieurs années déjà, le Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes s’engage activement dans le programme national de lutte contre le tabagisme (PNLT), porté par le ministère de la Santé et de l’Accès aux soins. Ce programme s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à construire une société sans tabac, en mobilisant l’ensemble des leviers disponibles : économiques, sanitaires et sociaux.
En 2024, l’Ordre a également participé à une réunion organisée à l’Assemblée nationale en amont de la Journée mondiale sans tabac, ainsi qu’au colloque « Espaces sans tabac » intitulé Vers de nouveaux espaces libérés du tabac : profiter des lieux de santé et des extérieurs sans tabac.
Dans la continuité de cet engagement, l’Ordre a pris part, en mars 2025, au comité de coordination du PNLT, réaffirmant ainsi sa volonté de contribuer à une politique de santé publique ambitieuse et durable.
Le Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes a également participé au Comité de coordination (COCOOR) du Programme national de lutte contre le tabac (PNLT) 2023-2027 en octobre 2025.
Le tabac n’est pas un sujet secondaire : c’est un enjeu majeur de santé publique, auquel les kinésithérapeutes ont, en tant que professionnels de santé, toute légitimité et responsabilité à s’associer.
Interview de Damien FORZY et d’Emmanuelle LAUMONNIER, kinésithérapeutes.