Plusieurs fois par an, les élus du bureau du Conseil national se déplacent en France et outre-mer afin de rencontrer les élus locaux, les professionnels de santé et les élus des conseils de l’Ordre des territoires. Ces déplacements permettent de prendre connaissance des enjeux d’accès aux soins spécifiques à certains territoires et de faire le point sur la bonne application ou les difficultés liées aux directives relatives aux pratiques ordinales.
Du 2 au 6 février 2026, Pascale MATHIEU, présidente du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, Jean-François DUMAS, secrétaire général, Sophie DI GIORGIO, trésorière générale, Roger-Philippe GACHET, secrétaire, Karine BREZELLEC, trésorière adjointe et Joseph TIBURCE, délégué général aux territoires d’outre-mer, se sont rendus à Cayenne. Ils y ont rencontré les élus du conseil régional et du conseil départemental de Guyane, ainsi que les kinésithérapeutes du territoire.
La question de l’accès à la formation continue a été largement abordée. Les kinésithérapeutes libéraux rencontrent en effet des difficultés importantes en raison des coûts élevés liés à la nécessité de se déplacer en métropole. Les kinésithérapeutes salariés font face aux mêmes contraintes, les établissements de santé refusant le plus souvent la prise en charge de ces formations. Dans la perspective de la certification à venir, cet enjeu doit être traité de manière prioritaire. L’accès à la formation continue constitue en effet un levier essentiel de fidélisation des professionnels dans les structures hospitalières. Cette difficulté n’est d’ailleurs pas spécifique à la Guyane : en France métropolitaine, les kinésithérapeutes salariés rencontrent des obstacles similaires.
Parmi les pistes évoquées figure l’intervention de formateurs directement sur le territoire, associée à une mutualisation des coûts entre les secteurs public, privé et libéral, permettant aux professionnels de se former conjointement. À noter que l’ARS, via le FIR (plateforme StarFIR), attribue une dotation à la Maison des kinésithérapeutes.
Le 2 février, la présidente et les élus du Conseil national ont visité le Centre hospitalier universitaire de Saint-Laurent-du-Maroni. Cette visite a donné lieu à des échanges avec les équipes du Centre hospitalier de l’Ouest guyanais (CHOG), ainsi qu’à une rencontre avec des kinésithérapeutes libéraux du territoire autour des réalités de terrain et des enjeux locaux.
À ce jour, un seul cabinet regroupant sept kinésithérapeutes existe dans la région de l’Ouest guyanais et de Saint-Laurent-du-Maroni. Ces professionnels assurent une grande diversité de soins et font face à une demande particulièrement élevée : avec les kinésithérapeutes du CHOG, ils ne sont que quatorze au total pour répondre aux besoins de la population.
La situation observée est comparable dans l’ensemble des établissements de santé visités : un manque chronique de kinésithérapeutes, des difficultés importantes de recrutement et de fidélisation, et un sentiment de manque de considération Les équipes rencontrées se distinguent néanmoins par un fort engagement professionnel et une motivation notables, notamment auprès de patients présentant des besoins spécifiques, tant sur le plan des soins que de la communication, en raison du nombre important de langues étrangères parlées.
Le 3 février, les élus du bureau ont rencontré Anicette SULBERT, présidente du conseil départemental de l’ordre des kinésithérapeutes de Guyane ainsi que ses élus. Après un point sur les sujets d’actualité du département, une réunion s’est tenue avec Jean-Baptiste GRAVRAND, directeur médical régional de la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS) de Guyane et médecin-conseil de l’Assurance maladie. Il a été convenu de renforcer la collaboration entre la CGSS et le conseil départemental afin de lutter contre les abus de facturation.
Les élus ont ensuite rencontré Laurent DELAHOUSSE, conseiller diplomatique du préfet de région, la sénatrice Marie-Laure PHINERA-HORTH, Chester LÉONCE, neuvième vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane, ainsi qu’Ahmed EL-BAHRI, directeur général du Centre hospitalier universitaire de Cayenne.
Cette réunion a permis d’évoquer notamment : la sécurité des professionnels, l’accès aux soins, la formation initiale, ainsi que la possibilité d’attirer des étudiants en stage grâce à des dispositifs de bourses. Ont également été abordées la création de places dédiées aux étudiants guyanais dans d’autres IFMK, ainsi que la facilitation de leur installation sur le territoire, notamment par la généralisation de l’accès direct. Les élus de l’Ordre ont discuté avec le directeur du CHU sur les difficultés rencontrées par les salariés, évoquées lors des discussions de la veille. La question de la vie chère a également occupé une place importante durant la réunion, en particulier les coûts liés à l’octroi de mer pour l’achat et l’entretien du matériel de kinésithérapie, lesquels pèsent lourdement sur les capacités d’investissement et de renouvellement des plateaux techniques.
À l’issue de ces discussions, les élus nationaux et départementaux ont inauguré conjointement les nouveaux locaux du conseil départemental de l’ordre des kinésithérapeutes de Guyane.

La journée s’est poursuivie par la rencontre avec les équipes du Centre hospitalier universitaire de Cayenne lors d’une visite de terrain.
Les kinésithérapeutes y exerçant ont souligné que ce qui leur permet de « tenir » est avant tout la solidarité de l’équipe et le soutien des médecins, qui tentent de défendre leur exercice.

Le 4 février, les élus du bureau de l’Ordre ont visité le CHU de Kourou. Après une réunion avec son directeur général, Christophe BLANCHARD, ils ont rencontré l’un des deux kinésithérapeutes salariés de l’établissement ainsi que le chef du service d’urologie.
La mise en place de soins de rééducation uro-proctologique se heurte actuellement à l’absence de matériel adapté et de salle dédiée. Les élus ont également constaté les nombreuses difficultés rencontrées par les kinésithérapeutes dans leur exercice quotidien.

Après la visite d’un cabinet libéral, une rencontre s’est tenue avec les kinésithérapeutes libéraux de Kourou.
La journée s’est conclue par une réunion publique réunissant les kinésithérapeutes du Littoral-Centre et de Saint-Georges-de-l’Oyapock, à la frontière brésilienne.

Le 5 février, les élus du bureau ont rencontré le député Jean-Victor CASTOR lors d’une réunion de travail. Une synthèse détaillée des difficultés rencontrées par les kinésithérapeutes libéraux et salariés exerçant en Guyane lui a été présentée.
Lors d’un entretien avec Bertrand PARENT, directeur général de l’Agence régionale de santé, Pascale MATHIEU a présenté une restitution des visites et des échanges menés avec les professionnels, mettant en lumière les difficultés rencontrées dans l’exercice de la profession.
En résumé, les jeunes kinésithérapeutes libéraux rencontrés, désireux de soigner des populations géographiquement isolées, se trouvent fortement démunis. Les temps de transport, parfois de plusieurs heures, ne sont pas rémunérés. Des dispositifs anciens, tels que les cartes carburant, n’existent plus. L’article 51 a été évoqué afin d’imaginer des modes de rémunération adaptés à des projets innovants. À ce jour, aucun dispositif de ce type n’a été déployé en Guyane. Les professionnels rencontrés se montrent néanmoins très motivés et enthousiastes à l’idée de développer des solutions adaptées.
L’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes est engagé de longue date auprès des professionnels exerçant en outre-mer, notamment grâce à la présence de conseillers départementaux dans tous les territoires, garantissant une action au plus près des réalités locales. Le Conseil national se félicite de la qualité des concertations tenues lors de ce bureau décentralisé en Guyane et poursuivra ces déplacements partout sur le territoire, afin de maintenir un dialogue étroit avec les élus ordinaux et les professionnels.
Le Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes souhaite remercier particulièrement les élus du conseil départemental pour le travail de terrain qu’ils accomplissent dans le cadre des missions ordinales, leur rôle est essentiel pour épauler les kinésithérapeutes qui travaillent en Guyane.











