20 ans de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes : au-delà de l’institution, ce sont des femmes et des hommes engagés, investis au service de la profession et de leurs confrères.
À travers six portraits de présidents de conseils régionaux et départementaux, découvrez six personnalités, leurs parcours, leurs motivations et leur vision de l’engagement ordinal. Une série pour mieux comprendre celles et ceux qui font vivre l’Ordre au quotidien, au plus près du terrain, et les défis qu’ils relèvent pour accompagner et représenter les kinésithérapeutes de leur territoire.
Kinésithérapeute depuis 2005, Charles RIVETTE a eu une pratique variée avant de se consacrer à un exercice libéral pluridisciplinaire à Caen. En 2021, il a rejoint le conseil régional de l’ordre (CRO) des kinésithérapeutes de Normandie, avant d’en devenir le président en 2024.
Avant d’être président de CRO, quel kinésithérapeute êtes-vous ?
J’ai un parcours atypique : j’ai travaillé en salariat, en libéral, j’ai été responsable pédagogique dans un institut de formation en masso-kinésithérapie (IFMK), cadre dans une clinique privée, avant d’arrêter la pratique pour devenir directeur adjoint d’un centre de rééducation. En 2019, j’ai repris mon exercice, en libéral, au sein de structures d’exercice coordonné, dont une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP), installées dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville de Caen. Avec la MSP, nous avons été retenus pour l’expérimentation structures d’exercice coordonné participatives (SECPA). Nous intervenons en santé communautaire auprès des habitants du quartier. L’exercice pluriprofessionnel guide ma pratique. La connexion avec les autres professionnels de santé afin de travailler sur des projets communs et des parcours de soins est indispensable pour moi, afin d’offrir une plus-value aux patients dans leur prise en soin. C’est d’ailleurs également pour cette raison que j’ai rejoint la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de Caen. L’exercice coordonné, avec la des professionnels de santé, est un élément qui va devenir obligatoire, et ce mode d’exercice fait partie de mon ADN professionnel depuis que je suis diplômé. En parallèle de mon exercice libéral, j’interviens depuis 2009 au sein des trois IFMK normands afin de dispenser des cours en pneumologie et rhumatologie, et ainsi participer à la transmission des connaissances et des compétences auprès des étudiants.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager au sein de l’Ordre ?
Avant de devenir directeur adjoint d’un centre de rééducation, j’ai obtenu un Master en management des organisations sanitaires et sociales. Au moment où j’ai quitté ce poste, pour retourner à la kinésithérapie, je me suis interrogé sur la façon de maintenir mes compétences dans ce domaine et de les mettre à profit. J’ai d’abord pensé à m’investir au sein de l’union régionale des professionnels de santé (URPS) des kinésithérapeutes libéraux. J’ai été sur la liste pour les élections et c’est dans ce contexte que j’ai rencontré une consœur, Judith LECHAPELAYS. Lorsque j’ai appris qu’il y avait des élections au CRO, j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une bonne opportunité pour exploiter mes compétences au sein d’une structure où le cadre réglementaire est prégnant. Judith a accepté d’être ma colistière. J’ai été élu en 2021, comme membre du CRO et assesseur de la chambre disciplinaire de première instance (CDPI). En 2022, le vice-président a quitté son poste, et la présidente m’a proposé d’endosser ce rôle, que j’ai pu assurer après l’élection au sein du conseil. Lorsqu’elle a pris sa retraite, c’est naturellement qu’elle m’a proposé de prendre la suite. J’ai donc déposé ma candidature, et j’ai été élu en 2024. J’ai démissionné de mon poste d’assesseur car les deux fonctions ne sont pas compatibles. Nous avons mené de nombreuses actions depuis lors. Être président d’un CRO donne des responsabilités vis-à-vis des autres élus. Il faut savoir manager les membres du CRO et orienter les débats. Nous avons d’importants travaux préparatoires avant chaque conseil d’administration pour définir un ordre du jour précis, répondre aux points d’actualité. Le rôle du président du CRO est de donner le tempo sur les modalités de fonctionnement et de faire se rencontrer les interlocuteurs pour fluidifier les relations. Nous endossons également un rôle de représentant vis-à-vis des partenaires extérieurs et de nos confrères afin, entre autres, de rappeler notre cadre réglementaire d’exercice.
Quelle est la question que l’on vous pose le plus souvent sur le terrain ?
Nous recevons de nombreuses questions concernant l’avenir de la profession. Il s’agit d’une réelle préoccupation des kinésithérapeutes, alors même que nos modalités de fonctionnement sont de plus en plus contraignantes avec le zonage ou encore la nouvelle nomenclature. Certains kinésithérapeutes craignent également les évolutions en lien avec et la . Nous avons déjà beaucoup communiqué sur le sujet, notamment à l’échelle nationale. Malgré tout, certains ne sont pas rassurés.
Quel accompagnement de l’Ordre vous semble le plus utile, mais reste encore méconnu ?
C’est la notion d’ et plus particulièrement l’aide concernant les . Nous avons désormais des référents à l’échelle départementale et un référent de coordination au niveau du CRO. Mais il s’agit d’une mission que nos collègues ne connaissent pas. De fait, ils ne nous appellent pas nécessairement lorsqu’ils sont confrontés à ce type de problématique. Je pense qu’en termes de communication, nous pouvons, sur ce sujet précis, mener des actions pour faire connaître notre système d’entraide. D’ailleurs, en Normandie, nous prévoyons d’organiser, d’ici la fin de l’année, une soirée sur les risques psychosociaux. Nous avons invité l’Urssaf, l’Agence régionale de santé (ARS), l’Assurance maladie et l’URPS, le but étant de faire en sorte que tous les acteurs se connaissent pour ainsi savoir qui contacter selon les besoins. Le CRO pourrait centraliser les demandes de nos confrères en difficulté et les dispatcher entre les différentes instances pour les aider au mieux. Nous voulons formaliser une procédure de fonctionnement qui puisse perdurer dans le temps.
Une situation vous a-t-elle particulièrement marquée durant votre mandat ?
Dans le cadre de mon mandat d’assesseur, j’ai eu à traiter des dossiers en lien avec des
Si vous pouviez faire passer un message aux kinésithérapeutes de votre territoire, quel serait-il ?
Le message le plus important à mes yeux est de veiller à ce qu’ils prennent soin d’eux personnellement et professionnellement. Nous sommes dans un contexte mouvant d’un point de vue politique, et anxiogène avec des décisions prises par nos tutelles, qui ne sont pas toujours encourageantes pour l’exercice de notre profession. Nous devons nous préserver et prendre soin de nous.
Si jamais nos confrères traversent des problèmes, l’Ordre se tient à leur disposition pour les aider, les accompagner, répondre à leurs questions. Il est vrai qu’à l’échelon régional, nous sommes moins sollicités que les conseils départementaux de la part des acteurs du terrain. Pour autant, nous essayons de rester proches. Les kinésithérapeutes ne doivent pas hésiter à nous contacter si besoin.
Trois mots pour définir votre engagement ordinal ?
Adaptabilité, persévérance et pugnacité.