SPORT SANTE Le Président du CRO Nouvelle-Aquitaine, Jean-Louis Rabejac, bat un record d’Europe de natation

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La pratique sportive est un levier de santé pour mettre plus de sport dans la vie des Français. Comme le rappelle Tony Estanguet, « Paris 2024 doit laisser un héritage. L’enjeu principal est de développer la place du sport dans le pays. A peu près un français sur deux aujourd’hui ne fait pas du tout de sport ».

Les 100 000 kinésithérapeutes sont promoteurs du sport santé. L’un d’entre eux, Jean-Louis Rabejac, Président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, vient de faire tomber un record d’Europe. Nous l’avons rencontré.

 

Monsieur le Président, pouvez-vous nous raconter votre histoire qui est, apparemment, très liée au sport ?

J’ai 75 ans, 76 ans au mois de juin. J’ai arrêté ma carrière de kinésithérapeute il y a environ 5 ans mais je suis toujours en activité ordinale car je suis président de la plus grande région de France : la Nouvelle-Aquitaine.

Dès ma jeunesse, j’étais un passionné de sport. Le rugby était considéré par le directeur de mon lycée comme un sport de brutes, si bien qu’il était interdit. J’ai monté avec un groupe de copains une équipe de rugby, et cinquante ans après nous nous voyons encore une fois par an.

J’ai fait des études de kinésithérapie à Paris, et j’ai alors continué le rugby au Stade Français. J’ai pratiqué dix ans. J’ai eu mon diplôme en 1972. Jeune, je n’aimais pas beaucoup les études, je préférais plutôt faire la fête et surtout, faire du sport. J’ai toujours été porté par les sports d’équipe. Je trouvais que faire quelque chose à plusieurs amenait toujours du positif.

Pendant plusieurs années, j’ai essentiellement fait de la natation. J’étais un bon nageur au niveau régional, mais faire des longueurs seul dans un bassin, cela ne m’amusait pas beaucoup. J’ai alors commencé le waterpolo avec Jean Boiteux qui était champion olympique français. Nous avions une équipe à Bordeaux.

Après mes études à Paris, je suis revenu dans ma région pour ouvrir mon cabinet de kinésithérapie. A ce moment-là, j’ai malheureusement eu un accident de voiture très grave : fracture du crâne, du bassin, du bras, des vertèbres et des côtes. Grâce à mon métier et à la kinésithérapie, je m’en suis rapidement remis. En revanche, je n’avais plus le droit de faire du sport.  J’ai alors complètement arrêté le waterpolo et je me suis concentré sur ma vie professionnelle.

J’ai alors travaillé pendant des années en tant que kinésithérapeute. Mais la notion d’équipe me manquait et j’ai alors très vite été plongé dans le monde syndical. Quand l’Ordre a été créé, j’ai trouvé qu’il était intéressant de prendre un peu de recul. Je souhaitais défendre les professionnels. J’ai alors eu l’honneur de devenir président de la région Aquitaine puis Nouvelle Aquitaine. C’est dans ce rôle que j’ai pu retrouver, dans ma vie professionnelle, l’intérêt du travail d’équipe. La notion d’équipe est la base de mon travail au Conseil régional, sans cela, ça ne peut pas fonctionner.

 

Kinésithérapeute et président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, ça ne laissait plus beaucoup de place pour le sport ?

En effet, je me contentais de lire mon Sud-Ouest tous les matins en pédalant sur un vélo d’appartement. Et puis un jour, mon fils m’a dit avec humour « Oh papa, pour un ancien nageur tu parais être un papi baigneur ». C’est là que j’ai décidé de me remettre au sport et j’ai intégré l’équipe de vétérans de Bordeaux dans laquelle je me suis qualifié dans l’équipe de relai. On est allé au championnat de France, on a gagné un titre de champion en relai et j’étais 2ème sur le podium en individuel. Et je me suis dit que c’était très bien et que j’allais m’arrêter là.

Il y a 4 ans, j’ai alors de nouveau quitté les piscines et pendant ces années, je me suis rendu compte que l’activité physique manquait de nouveau à ma vie.

La reprise a encore été plus difficile, mais étant à la retraite, j’avais le temps, alors je m’y suis mis à fond : 1h par jour, tous les jours. J’ai retrouvé une activité physique, j’ai perdu du poids et surtout, j’ai senti que j’en étais capable.

Dans mon équipe, il y avait un monsieur de 90 ans qui était bon nageur. On s’est alors rendu compte qu’on avait la possibilité de présenter une équipe de relai largement au-dessus de la moyenne pour des papis de plus de 75 ans (92, 79, 77 et 76 ans au moment de l’épreuve).

C’est alors qu’on s’est donné le challenge de gagner tous les relais. Nous avons remporté les trois premiers titres avec un record de France à l’appui (4 fois 100m nage libre et 4 fois 100m quatre nages). Et puis, au moment d’annoncer les gagnants, le speakeur a repris la parole pour déclarer que l’on avait battu le record d’Europe de la spécialité 4 fois 200m nage libre en 15min46 (dont 5min32 pour notre doyen) !

Nous sommes très heureux. Il reste encore deux relais dans trois semaines et ensuite je pense que j’arrêterais, sauf si dans quatre ans, mon fils me dit à nouveau une gentillesse qui me pousse à reprendre.

 

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

C’est un bilan positif, qui montre qu’il est important quand on a un métier comme le nôtre qui est assez individualiste, de rester ouvert avec les confrères et avec le monde extérieur. En tant que kinésithérapeute, on a une image de bonne santé, de bien-être. On doit être dans la meilleure forme possible et je me rends compte que si on a cette mentalité on peut obtenir de très bons résultats. C’est une belle parenthèse dans ma vie qui m’a apporté beaucoup de réussite.

 

Est-ce que votre métier de kinésithérapeute vous a aidé dans ces performances sportives ?

Quand on est kinésithérapeute, on a une parfaite connaissance de la gestuelle, de la « mécanique » du corps. Nous connaissons les signaux d’alarme. De plus, au vu de notre manière de travailler, il est important de comprendre que le « travailler ensemble » a un réel intérêt. Cet aspect relationnel est essentiel et complète parfaitement le geste médical que nous pratiquons, qui n’est pas le seul atout du kinésithérapeute.

Être sportif, ça entraîne surtout une volonté d’avoir des challenges et de les dépasser. C’est ça que le sport m’a apporté. La vie est une suite de challenges et cette suite est essentielle pour bien vivre et contribue à notre équilibre général.