20 ans de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes : au-delà de l’institution, ce sont des femmes et des hommes engagés, investis au service de la profession et de leurs confrères.
À travers six portraits de présidents de conseils régionaux et départementaux, découvrez six personnalités, leurs parcours, leurs motivations et leur vision de l’engagement ordinal. Une série pour mieux comprendre celles et ceux qui font vivre l’Ordre au quotidien, au plus près du terrain, et les défis qu’ils relèvent pour accompagner et représenter les kinésithérapeutes de leur territoire.
Président du conseil régional de l’ordre (CRO) des kinésithérapeutes Grand Est depuis fin 2024, Christophe FLORIOT a exercé toute sa carrière en libéral, en milieu rural, en parallèle de son engagement ordinal. Retour sur son parcours.
Avant d’être président de CRO, quel kinésithérapeute êtes-vous ?
Je suis un kinésithérapeute jeune retraité depuis deux ans. Diplômé de l’Institut de formation en masso-kinésithérapie (IFMK) de Dijon en 1984, j’ai exercé pendant 40 ans en milieu rural en Haute-Marne, mon département de naissance. Je me suis installé dans un territoire sous-doté en professionnels de santé. Mon épouse m’a rejoint deux ans après, ainsi qu’une associée, que nous avions d’abord accueillie comme stagiaire puis comme collaboratrice. Notre cabinet avait une activité généraliste. Pour ma part, je prenais principalement en charge des patients présentant des pathologies d’orthopédie et de traumatologie. Lorsque nous avons cessé notre activité, nous n’avons pas trouvé de successeur. Désormais, notre ancienne associée exerce seule.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager au sein de l’Ordre ?
Je me suis engagé dès sa création en 2006. J’étais déjà investi syndicalement au niveau départemental et la création de l’Ordre a représenté pour moi la possibilité d’avoir une autre forme d’engagement sans nécessairement savoir laquelle puisque cette instance était nouvelle. En 2006, j’ai fait acte de candidature aux élections ordinales départementales pour la Haute-Marne, à l’issue desquelles j’ai été élu vice-président. Puis, lorsque les conseils régionaux se sont mis en place, j’ai présenté ma candidature pour la Champagne-Ardenne, en 2014, date à laquelle j’en suis devenu le secrétaire général. J’ai souhaité m’investir à cet échelon, car les missions régionales me semblaient particulièrement intéressantes notamment sur l’axe juridique et les recours. J’ai également candidaté pour devenir assesseur au sein de la chambre disciplinaire de première instance (CDPI), qui siège au niveau du CRO. Au moment de la constitution des nouvelles régions avec la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République de 2015, je me suis présenté pour intégrer le nouveau CRO Grand Est, dont j’ai été élu membre en 2017. Cependant, à cette période, je souhaitais encore m’investir en tant qu’assesseur au sein de la chambre disciplinaire. À la création des ordres, une incompatibilité entre les fonctions d’élu ordinal et d’assesseur avait été instaurée. Si dans un premier temps, nous avions bénéficié d’une forme de tolérance, cette incompatibilité s’est ensuite appliquée. Pendant dix ans, j’ai donc été assesseur à la CDPI Champagne-Ardenne puis à la CDPI Grand Est. Lorsque le président du CRO a démissionné, justement à la suite de son élection à la Chambre disciplinaire nationale, j’ai été sollicité pour lui succéder, avant d’être élu président, fin 2024. Je trouve cette fonction particulièrement intéressante, notamment la gestion des décisions administratives des recours, à la suite des refus d’inscription au tableau de l’Ordre, ou encore des demandes de suspension émanant des conseils départementaux. Ces décisions juridiques sont encadrées par une procédure, et ce travail me plaît tout particulièrement car nous devons examiner les dossiers, demander des expertises et statuer sur les suspensions.
Quelle est la question que l’on vous pose le plus souvent sur le terrain ?
On m’interroge en permanence sur le rôle et les missions de l’Ordre. Ces questionnements démontrent que la place de l’Ordre n’est pas encore acquise au sein de notre profession. Les taux de participation aux élections ordinales départementales et nationales le montrent également. C’est navrant. Auparavant, ils étaient plus élevés. Je n’ai pas vraiment de solutions face à ce désintérêt grandissant. Peut-être faut-il communiquer davantage ? J’ai quand même le sentiment que nous le faisons déjà. Cette situation est selon moi plutôt liée à une époque, avec un désintérêt pour les élections de manière générale.
Quel est le sujet qui préoccupe le plus les kinésithérapeutes de votre territoire aujourd’hui ?
Ce sont les conditions d’exercice, la rémunération jugée trop faible, et les charges sociales. Autant de préoccupations légitimes mais qui concernent les syndicats, et non l’Ordre. Nous ne disposons d’aucun levier d’action sur ces sujets et de nombreux kinésithérapeutes ne l’ont pas compris. Ils ne font pas la distinction entre les missions des syndicats et celles des Ordres.
Quel accompagnement de l’Ordre vous semble le plus utile, mais reste encore méconnu ?
Tout ce que l’Ordre propose concernant et l’accompagnement reste largement méconnu. Cela s’améliore surtout depuis que les CRO disposent de référents aux risques psychosociaux (RPS) formés depuis 2024. Nous communiquons sur cette aide que nous pouvons apporter mais elle est encore peu connue des kinésithérapeutes en exercice. Pourtant, les ordres n’ont pas uniquement vocation à appliquer le Code de déontologie. Les kinésithérapeutes doivent savoir qu’ils peuvent nous solliciter en cas de difficultés. Nous pouvons leur proposer un soutien psychologique, et selon les situations et les échelons, parfois même un soutien financier.
Une situation vous a-t-elle particulièrement marquée durant votre mandat ?
Dès lors qu’un kinésithérapeute est inscrit à l’Ordre, le conseil départemental ne peut pas le suspendre. Cependant, en cas de problème par exemple, si un professionnel présente un état pathologique ou une insuffisance professionnelle, le conseil départemental peut saisir le conseil régional afin que nous examinions la situation et que nous nous prononcions sur sa suspension. À cet échelon, nous pouvons donc être amenés à diligenter une expertise psychiatrique d’un confrère, notamment pour des états pathologiques (suspicion d’addiction par exemple) pouvant rendre son exercice dangereux. Selon les résultats de l’expertise psychiatrique, à l’échelle du CRO, nous recevons les kinésithérapeutes afin de leur notifier la décision que nous avons prise. J’ai le souvenir d’une consœur qui est arrivée dans un état de détresse extrême avec très probablement un problème d’addiction à l’alcool et une anorexie mentale. Son état physique et psychique était très préoccupant, et nous avons dû la suspendre, sans avoir véritablement d’autres solutions à lui proposer, car notre première préoccupation reste la sécurité des patients. Il est très difficile de prendre ce type de décision face à quelqu’un qui a besoin d’aide et qui va, de surcroît, se retrouver dans une situation financière compliquée. Cette situation m’a convaincu de l’importance du repérage précoce des professionnels en difficulté. Avec les référents RPS, nous devons sensibiliser les conseils départementaux afin d’identifier les premiers signes de souffrance avant que la situation ne devienne critique.
Si vous pouviez faire passer un message aux kinésithérapeutes de votre territoire, quel serait-il ?
Notre profession a connu ces dernières années des avancées très intéressantes pour notre pratique avec l’universitarisation de la formation et , qui est désormais une réalité dans plusieurs modes d’exercice ; au sein des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) constituant une étape supplémentaire vers son extension. Cette évolution est très encourageante et je pense qu’elle peut se poursuivre. Mais cela ne pourra avoir lieu que si nous nous engageons collectivement avec l’Ordre, les syndicats et les sociétés savantes. J’encourage donc mes confrères à s’engager, de la manière qu’ils souhaitent. C’est la seule façon pour que nous puissions bénéficier d’une plus grande émancipation.
Trois mots pour définir votre engagement ordinal ?
La proximité, la disponibilité et l’impartialité.