Toutes les actualités

Rencontre avec Hélène LAURENT, Masseur-Kinésithérapeute, Docteure en Sciences et lauréate du prix de l’Ordre 2020 pour sa thèse.

  • Partager
  • Imprimer


Nous avons échangé avec Hélène Laurent lauréate du prix de l’Ordre 2020 pour sa thèse « Faisabilité et bénéfices fonctionnels d’un entraînement en endurance des muscles respiratoires ou à l’exercice, réalisé à domicile avant chirurgie de résection pulmonaire. »

Elle nous parle de son parcours, de ses travaux et de l’universitarisation du métier de masseur-kinésithérapeute.

 Bonjour, Hélène. Pouvez-vous vous présenter ? 

Je suis masseur-kinésithérapeute, salariée au CHU de Clermont-Ferrand depuis 2006 et exerce mon activité au sein du service Médecine Physique et Réadaptation. Mon activité clinique s’est orientée assez rapidement vers la réanimation et les services de chirurgie. En 2011, dans le cadre de la formation continue, j’ai validé un Diplôme Universitaire de « Kinésithérapie Respiratoire et Cardio-Vasculaire », à l’Université Claude Bernard Lyon 1, puis en 2015 un Master 2 Recherche « Exercice Sport Santé Handicap » Université Jean Monnet Saint-Etienne. J’ai poursuivi mon cursus à l’université d’Auvergne par un Doctorat. J’ai soutenu ma thèse de sciences en juin 2020 sur la thématique de la réhabilitation respiratoire avant chirurgie pulmonaire pour cancer broncho-pulmonaire.

 Pouvez-vous nous présenter votre travail ?

J’avais besoin de comprendre les tenants et les aboutissants de ce que l’on peut proposer aux patients éligibles à une résection pulmonaire. Je faisais le constat d’une non homogénéité dans leur préparation avant la chirurgie. Conduire des projets de recherche clinique, en travaillant en collaboration avec des médecins (chirurgiens, physiologistes et rééducateurs) m’a permis de recueillir des éléments pour proposer une prise en charge plus adaptée et préparer les patients à la chirurgie. L’objectif est de limiter l’impact physique de la chirurgie pulmonaire et d’essayer d’améliorer les suites post-opératoires de cette chirurgie majeure pour laquelle la morbi-moratlité reste conséquente.

J’ai pu constater que les patients atteints de broncho-pneumopathie chronique obstructive ou opérés pulmonaires ont des difficultés à trouver des structures spécialisées en réhabilitation respiratoire. C’est la raison pour laquelle nous avons opté pour le développement de projets de recherche évaluant des programmes d’entraînement délivrés au domicile des patients. En effet, les séances de réhabilitation réalisées dans le lieu de vie quotidien du patient, permettent vraisemblablement une meilleure adhésion à son programme et lui évite une fatigue liée aux transports. Ils arrivent à pallier le manque de structures pouvant les accueillir, à améliorer leur capacité physique avant la chirurgie et à faciliter les suites post-opératoires.

 Avez-vous rencontré des difficultés? 

Même si notre profession est en voie d’universitarisation, la difficulté à l’hôpital public est de faire reconnaître et valoriser le travail de recherche paramédical kinésithérapie en termes de temps et de moyens (salaires, budgets d’investissement) dédiés. Outre le fait que les arcanes universitaires pour accéder à un doctorat sont complexes, pendant 3 ans et demi, j’ai poursuivi mon exercice clinique. Il faut arriver à faire reconnaître la plus-value d’avoir des professionnels paramédicaux qui participent à des projets de recherche clinique au sein des établissements de santé. Et, aujourd’hui, je n’ai pas de lisibilité concernant mon avenir de chercheuse dans l’institution.

Il y a une dynamique soutenue par notre Conseil de l’Ordre qui est en train de se mettre en place mais nous ne sommes pas encore au bout du processus. Si la création de la section 91 dans le CNU-santé en sciences de la rééducation/réadaptation est une avancée, le statut des chercheurs-kinésithérapeutes est souvent précaire. Il leur est aujourd’hui presque impossible pour des raisons réglementaires et statutaires de cumuler les fonctions de chercheur ou d’enseignant avec celles de clinicien. Il est donc encore nécessaire de faire reconnaître et valoriser la valence clinique et la valence recherche de notre activité professionnelle par la définition d’un statut hospitalo-universitaire réel pour les professions de rééducation.